Habiter le chaos
Ses images débordent souvent. Scènes simultanées, accumulation de micro-récits, désordre organisé : la surcharge y est toujours ludique et joyeuse. « Je me sens bien dans un certain chaos, dit-il. J’ai grandi dans une grande famille, avec beaucoup de monde, beaucoup de bruit. Il faut apprendre à y prendre sa place, mais aussi à s’effacer, à circuler dans un ensemble plus grand que soi. Ça me plaît beaucoup. »
Du chaos, vraiment ? Plutôt une forme d’organisation sensible, une manière d’être ensemble. Le sport, notamment le soccer, en est l’une des expressions les plus fortes, selon Chien Champion. « Quand tu rentres dans un stade et que tout le monde est à l’unisson, qu’on crie en même temps… il y a quelque chose de très fort là-dedans. »
Sur le terrain de soccer, les identités coexistent. « On arrive tous avec notre façon de jouer, notre affect, le maillot de notre pays, nos codes culturels distincts. Mais quand le ballon apparaît, on est tous égaux. »
Un personnage pour voir autrement
C’est dans cet esprit qu’apparaît Chien, un personnage minimal, presque schématique, mais chargé de sens. « Il me permet d’avoir un regard plus optimiste. De voir la lumière. De rassembler. »
À travers lui, Felipe simplifie sans appauvrir. Il condense. Trois éléments suffisent : le chien, le sac, le foulard. Trois signes d’un déplacement, mais aussi d’une adaptation. « Le foulard, c’est le rapport au froid, au Québec. Le sac à carreaux colorés, c’est le Sud. C’est la rencontre entre deux mondes. »
Figure ouverte, Chien n’incarne pas une identité fixe, mais un point de vue, celui de celui ou celle qui arrive, qui observe, qui apprend à voir.